Maison Alizarine

... le nom, par essence, était teint d’écarlate
 
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 Anecdotes, ou gouttelettes de vie

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Asphodèle

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MessageSujet: Anecdotes, ou gouttelettes de vie   Mar 7 Mar - 10:24

La jardinière

D’aussi loin qu’elles se souvenaient, sur le rebord de la fenêtre de la chambre qu’elles partageaient, se trouvait une jardinière. Deux types de fleurs, à priori, occupaient le bac sis entre ciel et terre.

L’une, flamboyante et d’un rouge moiré de corail, d'une chaleur pareille à la flamme. L’autre, d’une blancheur discrète maculée de bourgogne, ainsi qu’un linceul dont mort serait drapé. L’une, immense et poignante, en haut de sa tige, floraison exclusive sise bien haut sur sa tige, captant tout le regard. L’autre, en une grappe indistincte, essaimées le long d’une tige oblongue et haute.

L’une, splendeur scintillante. L’autre, droite, assurée, mais plus austère.

Elles étaient dissemblables, mais poussaient côte à côte, dans un même terreau, sans jamais pourtant se faire trop d’ombre, sans jamais pourtant que l’une de ces plantes n’écrase l’autre. Elles étaient dissemblables, mais leur disparité sans doute permettait leur symbiose.

Et dans la chambrette, au-delà du bac à fleur, jumelles éponymes à ces fleurs croissaient, elles-aussi. En apparence, pourtant, elles ne se distinguaient que de très infimes détails, au contraire des fleurs du bac. Même si à la vérité, à l’égal des fleurs qui leur servaient de dénominations, l’une était bel et bien plus droite et discrète, habitée par la nostalgie d’une gloire passée qui avait baigné leur patronyme et l’autre était bel et bien cette fière ingénue aussi rayonnante qu’orgueilleuse. Mais dans la subtilité des parfums de ces deux fleurs, demeurait pourtant la même note de fond : l’ambition, sur lesquelles elles s’édifiaient, en des finalités différentes.


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Asphodèle

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MessageSujet: Re: Anecdotes, ou gouttelettes de vie   Mar 7 Mar - 10:27

"Ta gueule c'est magique"

Elles n’étaient pas bien hautes, encore, qu’on leur avait appris à être malignes. Leur mère s’était décidée d’emporter à sa traine les fillettes de six années, en un camp de chevaliers. Ces vastes camps étaient bien rares, les campagnes bellicistes entre royaumes du continent d’Hysdrit n’étant plus que lointain souvenir… Mais chaque menace prenant le moindrement d’ampleur devenait une occasion toute trouvée pour les aspirants chevaliers comme pour les vieilles familles de raviver la flamme de l’ancienne coutume. Cette fois-là, le prétexte était un camp de troll devenu trop populeux, qui faisait diligemment sortir des armoires armures outrancières et tentes brodées.

Pour qui commerçait bêtes et esclaves, ces campagnes brèves étaient une véritable manne. Ainsi, Amaranthe avait pour la première fois entraîné la sa progéniture, dans l’espoir qu’elles en viennent à acquérir quelques rouages du métier. Mais, pour les fillettes, ce campement constituait une source infinie d’amusement. Entre montreurs de bêtes, bardes, diseuses de fortune à trois écus, paris fait à tous les jeux, des duels de créatures guerrières en passant par les dés, et joutes improvisées, sans parler de ces tentes aux lanternes rouges qu’on leur avait préconisé d’éviter, ces camps semblaient tout offrir, sauf l’ennui. Trop jeunes encore pour être reluquées par les soudards, elles pouvaient se permettre d’aller et venir, ce que leur mère concédait : les hommes sans défiance devant les enfants, laissaient filtrer bien des informations, que la matriarche leur avait fait promettre de rapporter fidèlement, contre récompense.

Et la présence en pareils campements de moult chevaliers, ainsi que de certains hauts-nobles qui les commandaient, avait pour la mère d’Alizarine un indéniable attrait. Le bénéfice de sa visite ne tenait pas qu’au pécule.

Mais les petites, elles, préféraient à leur âge l’amusement.

Ainsi, elles se prirent à un petit manège de leur cru. Semblables en tout, même de tenues, elles décidèrent aussi d’épater à leur façon la galerie. Elles interceptaient gaillards isolés, en ébriété plus ou moins relative, pour se prétendre capable de magie. Si, contre une petite somme l’intercepté, plus ou moins incrédule, en demandait preuve, était attesté faculté de téléportation par la jumelle conversant avec lui. Au détour d’une tente, fissa, la première disparaissait pour que l’autre reparaisse simultanément à l’opposé, hélant le soudard épaté. Quand on les interrogeait sur le comment, et que l’on contestait la légitimité de ce tour de passe-passe sans tout à fait comprendre sa nature pour récupérer les piécettes et les friandises cédées, celle qui restait de répondre, rayonnante d’amusement, avec un terme acquis dans la journée parmi les hommes de guerre mal dégrossis : « Ta gueule, c’est magique », pour s’octroyer raison au-delà de la simple réalité des faits.

Somme coquette fut ainsi accumulée, pour gamines de leur âge pourtant. Ce n’était pas sans compter sur soudard tremblant de frayeur, qui avait échoué devant le Seigneur pour narrer, trémolos dans la voix, présence d'une petite sorcière parmi eux. Le dit Seigneur, un homme du Sud, profondément pieux, avait bondi de son siège comme piqué par le fondement.

L’affaire avait rameuté la moitié du campement, mis en quête de la petite sorcière à la chape rouge, avant que la mère alarmée ne s’empresse d’intercéder auprès du Seigneur rembruni, pour clarifier le malentendu. Celle-ci dut plaider avec véhémence pour que l’enfant, ou à la vérité les enfants, en question soit à tout prix ramenées vives. Il se trouvait de même une poignée de chevaliers pour corroborer le propos de la mère, attestant de l’existence du duo, qui parvinrent enfin à le calmer. Le fait que l’on fit paraître devant lui les deux enfants sut prouver que la d’Alizarine avait dit vrai, et que les arcanes n’étaient en rien impliquées dans l’affaire.

Ce jour demeure solidement gravé dans la mémoire des héritières d’Alizarine, cela dit, pour la rouste monumentale qui suivit l’incident. Soulignant tout au fond, la pensée engravée dans la mentalité de la vieille noblesse du Havre qui atteste que, qui aime bien châtie bien. Mais cela marqua également la décision de la matriarche de recruter pour elles deux maître d’armes qui ferait office de tuteur, et qui inculquerait discipline nécessaire pour diriger adéquatement leurs énergies et ambitions.

L’expression « ta gueule, c’est magique » est pourtant restée au duo désormais mieux embouché, comme une connivence, le souvenir lointain déjà du dernier jour véritable de l’ingénuité de l’enfance.
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Asphodèle

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MessageSujet: Re: Anecdotes, ou gouttelettes de vie   Mer 8 Mar - 0:22

Le Tournoi

Tout juste adolescentes, il leur tardait bien souvent de se présenter aux joutes et tournois. C’était une activité récurrente, sur les anciennes terres de l’Empire Tramontain, une tradition qui se refusait de mourir. Et c’était là qu’anciennes lignées chevaleresques, comme écuyers et aspirants issus de la plèbe s’échinaient à faire preuve ardente de toute leur importance, lorsque nid de monstres n’était déterré.

Tant leur mère, que leur maître d’armes les poussaient à assister à pareils événements. Le dernier, pour une étude plus technique des passes qui se réaliseraient, dans la compétition liée aux armes, et la première, car elle était bien au fait que c’était là qu’on pouvait bien souvent observer le défilé des noms d’importance, ou faire rencontres, lier connivence avec voisins de siège comme avec ceux entrant en lice.

Au prélude des événements, de longues heures étaient passées par les jumelles en débat, sur le choix de la tenue qu’elles arboreraient toutes deux : allant du choix des bijoux, de la robe, et de la coiffure. Les deux y investissaient un soin tout particulier : l’une, pourtant, le faisant par orgueil et vanité, et la seconde, par calcul. Leur mère avait fait valoir bien des fois que bons ou mauvais auspices d’une relation, d’une alliance, pouvaient se fonder sur une première impression, sur le mot de trop ou sur celui qui avait manqué… Si tout le reste pouvait tenir de la conjoncture, l’élection d’une tenue qui inciterait bonne impression ne devait pas être laissée au hasard. Entre l’une, avide de faire valoir sa beauté, et l’autre plus prude, le débat devenait parfois véhément. Car inéluctablement, elles sortaient affublées de tenue semblable, pour tels événements, présentant ainsi portrait plus frappant.

-A-t-on besoin que l’encolure de cette robe se prolonge quasiment jusqu’au ventre?

-Mais comment faire valoir la rivière de rubis, autrement?

-Trop montrer, c’est ainsi que d’offrir. Si nombreux sont ceux à apprécier l’étalage, nul homme respectable ne veut au fond que du fruit exposé à tous vents qui semble avoir été trop de fois tâté.

-N’oublie pas toutefois que d’autres femmes de sang moins riche que le nôtre seront parmi ces gradins, et qu’elles n’auront pas tes scrupules, elles. Il n’est plus question de statut, mais de… mérite, et vois-tu au premier regard on sait bien ce qui départage les méritantes… Si nous ne tirons guère ni profit ni faveur, nous ne serons guère avancées…

-Je ne dis pas de renier l’esthétisme ou d’opter pour tenue informe, ma soeur, mais souviens-toi plutôt que plus vaste attrait est ce qui est non point vu, mais deviné. Optons pour la robe de velours passementée de fil d’argent : son corsage rehausse la finesse de la taille, sans pour autant que nous nous retrouvions exposées comme le serait une nourrice.


Ce serait en ce cas-ci l’argument qui donnerait raison à l’ainée de quelques instants, comme en la plupart de ces débats, la cadette plus tempétueuse se laissant sans trop de peine fléchir pour peu que l’on fisse valoir que tel choix eut fait écrin pouvant la faire valoir.

Adolescentes désormais, leur mère escomptait bien d’elles qu’elles trouvent à leur tour parti(s) intéressant(s), qui pourrait appuyer leur élévation, ainsi qu’elle l’avait fait elle-même. Elles n’avaient pas quinze ans, que la matriarche soulignait bien qu’elle n’aurait pas soin d’elles éternellement, et qu’elles devaient apprendre à édifier les bases de leur avenir.

C’est donc ce qu’elles s’échinaient à faire, avec plus ou moins d’écueils : l’une étant trop froide pour se prêter sans gêne au jeu des cours, la seconde, trop joueuse et folâtre pour se restreindre ou même se concentrer un prétendant, afin d’en faire plus que miroir éphémère en son regard, où s’admirer seulement. Parmi les gradins, ce jour-là, s’était donc installé trio vêtu de robes écarlates : les jumelles ainsi que leur mère, détonnant parmi les robes et volants pastels en vogue cet année-là. Les deux sœurs, semblant pareilles en tout, supervisées par leur mère qui les dépassait d’une bonne tête. Si depuis ses meilleurs jours, elle avait un peu forci, Amaranthe d’Alizarine avait tout de même vieilli gracieusement, et c’est encore sur elle plutôt que ses jeunes filles, au carrefour de l’enfance et de l’adolescence, que les regards se rivaient.

En contrebas s’entamait le défilé des hommes harnachés, l’exposition des heaumes faite, depuis la veille, et l’ordre des duels annoncé par un crieur. On retrouvait là hommes de toutes carrures, et âges. Certains, si jeune qu’à peine l’ombre d’une barbe à venir couvrait leur menton, d’autres encore dégarnis, boiteux et suturés d’antédiluviennes campagnes, à tel point que l’on pouvait se demander quasiment s’ils n’avaient pas connu en personne sa Majesté Eliott. Certains, véritables colosses, tant et tant que l’on eut pu croire leur pauvre mère engrossée par titan, et d’autres râblés et frêles.

Tous pourtant aspiraient à la gloire et moult, tant à pavoiser que de prouver leur valeur. Nombreux étaient ceux qui avaient sorti des malles des armures d’apparat, certaines si luxueuses en leur ornementation qu’elles étaient ostensiblement fruit de quelque héritage, de l’heure de gloire de la chevalerie au sein de l’Empire.

L’attention de la flamboyante Amaryllis était diligemment captée, par quelque blond bellâtre à la mâchoire forte, dont l’armure aux dorures de vermeil étincelaient, pour passer ensuite à un colosse sculptural qui avait choisi de reconstituer sur son torse vaste son blason en mosaïque d’émeraudes et de topaze, et à l’adolescent issu d’une famille en moyens qui avait armure spécialement remarquable pour plagier les dispositions des écailles de dragon, et dont le casque imitait gueule du grand reptile et dont le torse s’agrémentait d’ailes d’apparat ainsi que les cavaliers hussards d’autrefois. Au moment où participants devaient défiler, pour recueillir faveur des dames, elle offrit son premier son mouchoir, au second, celui de sa sœur, et pour le troisième, elle se trouva entre moue boudeuse et sourire dépité, de n’avoir pour lui rien gardé et pour s’être vu refuser celui de sa mère, concédé à un vieil ami de la haute-noblesse qui concourrait ce jour-là.

Lorsque les duels et les joutes débutaient, les gradins bourdonnaient un rien, de commentaires discrets en leurs parages. La mère et quelques amis comméraient, commentaient, ou se gaussaient. Les deux jeunes filles, encore, s’imprégnaient. Ainsi, elles découvraient qui était apparenté à qui, la stature ou la disgrâce de tel individu.

-Le Sire d’Almedy est gagné par l’âge. Une vraie peine, qu’il n’ait guère d’héritier direct à qui céder sa fortune en cette heure

...

-Ne savez-vous pas? Messer de Sirpan ne concourra pas, ce jour d’hui. Non pas plus, qu’en prochains tournois. Il aura déplu à sa Majesté, et si gravement, qu’il en a perdu son statut de citoyen et que pas plus tard que la saison dernière, je l’ai vendu.

...

-À n’en point douter le Sire de Feôr n’aura pas porté le deuil longtemps de son épouse. Et, au vu de ses perspectives il ne restera pas célibataire longtemps : il se dit entre les branches que sa Majesté envisage de l’élever, et de lui attribuer terres, au nord, pour remplacer l’un de ces seigneurs des Marais.


Sous l’apparence des commérages, ces propos avaient valeur d’avertissement. Le sire d’Almedy pouvait être une cible à viser, pour finir rapidement veuve bien riche si l’on savait se faire apprécier. L’écuyer morose aux emblêmes des Sirpan n’était pas à approcher plus que s’il avait la peste, puisque l’on disait la disgrâce aussi potentiellement contagieuse. Et que toute femme lucide devait voir le Sire de Feôr comme une proie à chasser. Le dernier commentaire avait été fait avec la légèreté dans la voix, mais avec un regard qui pesait bien lourd sur les jeunes filles, par leur mère. Peut-être étaient-elles à peine nubiles, mais il y avait des attendus, qu’elles connaissaient bien.

La plus austère des deux jumelles, quant à elle, écoutait d’une oreille en se concentrant sur les combats, alerte face aux passes d’arme, et intéressée par les techniques dont les combattants faisaient étalage. Les chevaliers laissaient place aux écuyers pour le reste du jour, après s’être fait défaire leur harnois. C’était là occasion pour de jeunes gens de se faire valoir. Certains quittaient les gradins, mais non pas l’Alizarine, ni ses amis, et encore moins ses filles. C’était le moment de voir qui, de la nouvelle génération, aurait les dents longues.

Les combats étaient plus brouillons, moins impressionnants. Le gradin tomba pourtant en émoi lorsqu’en une mauvaise passe, l’un de ces jeunes combattants à l’armure mal harnachée se fit trancher une main à la jonction du gant. L’ainée eut un pâle sourire, un peu sardonique, un petit rien carnassier, avant que se peigne sur son visage une préoccupation qu’il était de mise d’arborer. Toujours, l’écarlate attirait l’attention, provoquait l’émoi : c’était inéluctable.

Présenté brièvement, comme gêné d’être là, vint en lice un autre combattant. L’écuyer ne portait qu’un harnois d’acier sans le moindre ornement outre le blason d’une goutte d’or, ce qui provoqua chez la cadette un désintérêt aussi immédiat que retentissant. On le présenta comme de la lignée Goldblut, ce qui durant le combat provoqua quelques commentaires sur le gradin. L’ainée, l’œil à la mêlée, l’oreille à ses voisins, semblait concentrée, en son analyse.

-Goldblut. Une vieille famille. Mais si leur patronyme se rapporte au sang d’or, peut-être la dénomination d’idiots utiles serait-elle plus seyante? Ils sont du genre à figurer en première ligne, présumément au nom de la Gloire et de l’Honneur, mais ce qu’ils ont en bravoure affixé à l’âme, ils ne l’ont en cervelle : c’est le lot de la Balance, le monde est ainsi fait qu’on ne peut prétendre tout avoir, et que richesse d’une part se paie de lacunes d’une autre.

-Vous êtes dure, mon amie, que vous êtes dure… Mais, vous n’avez pas tort. Et parlant du sang, il semble se perdre et s’appauvrir. Le garçon apparait bien maigre, face à son adversaire. Quel âge a-t-il? Dix-sept ans? Il est peut-être haut, mais il est maigre comme s’il en avait quinze! Peut-être le vice de boisson du père, qui ne se prive de rien, ôte-t-il le pain de la table du fils? N’avez-vous pas vu, avant qu’il enfile son casque, comme ses joues étaient creuses? Il risque bien de mourir de consomption et de fièvres comme son frère : son adversaire pourrait bien emporter ce combat sans coup férir!

-Puis, il a évité toute la foule du regard… Au moins les autres écuyers circulent, cherchant les faveurs qui n’ont été attribué… Il ne serait pas improbable qu’il préfère les hommes, à ce compte-là.


Puis, le flot de médisance s’interrompit. Le jeune homme à l’armure d’une douloureuse sobriété avait fait choir son adversaire. L’écuyer était précis, en sa gestuelle, s’épargnant l’élan de trop qui avait ouvert la défense de son adversaire. Le pâle sourire de l’aînée était revenu. Elle aimait les créatures dangereuses, réprouvées, inabordables. Elle ne dédaignait pas le cheptel animal et humain du haras, ses bêtes incongrues comme les esclaves. Et de fait, l’écuyer avait piqué un peu son intérêt.

Ce soir là, les jumelles étaient rentrées plus riches de connaissance chez elle, enveloppées encore par l'effervescence et le panache de l'événement, son animation. Leur mère, elle, était rentrée satisfaite : en aparté déjà plusieurs chevaliers avait proposé de venir diner l’un de ces soirs au logis du haras, ce qui était plus ou moins une proposition à demi avouée, d’une cour proposée et projetée.


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MessageSujet: Re: Anecdotes, ou gouttelettes de vie   Mer 8 Mar - 22:32

Le langage des fleurs

Toutes jeunes encore, on leur avait fait apprendre le langage des fleurs. Non seulement leur fallait-il connaitre la plupart des essences florales, mais, également, leur signification. La matière, aride, aurait pu provoquer l’ennui sans son usage pratique. Leurs missives, bien tôt, se trouvaient parfumées de quelques aromates floraux fort spécifiques, corrélés au ton du courrier.

Nombreux courriers adressés à ceux qui fréquentaient le haras de près, non point seulement pour ce qui s’y vendait, s’imprégnaient des effluves de campanule ou de l’odeur du dahlia, couvrant les lignes remerciant pour tel ou tel présent. Le jeu s’achevait toujours, les deux jumelles souvent promptement lassées, pour raisons disparates, d’hommes conquis : l’une chasseresse comme le chat, ne sachant que faire de pareille proie une fois vaincue, et l’autre satisfaite simplement de la preuve du potentiel de sa propre séduction, sans désir de donner suite. La majorité de ces prétendants, tout de même, trouvèrent déconvenue dans les effluves de l’essence de bardane, expliquant que se voir désormais, serait malvenu.

Une fois, une missive innocente en apparence, mais qui sentait la nielle avait été envoyée, puis rapidement regrettée, par une Amaryllis ardente encore d’un bal qui s’était étiré jusque tard dans la nuit, et où elle s’était trouvée centre des attentions d’une bonne dizaine de jeunes hommes aussi beaux qu’affluents. Heureusement, et au plus grand soulagement des jumelles, le destinataire était un bellâtre obtus, qui n’avait pas cherché à lire, ou sentir entre les lignes et l’affaire en était restée là.

Il y avait aussi de ces lettres, où ces mots qui ne pouvaient être dits étaient édictés par un parfum, sur un message attestant tout le contraire. Que dire de ces courriers, envoyés à certaines amies devenues rivales pour ces raisons adolescentes, attestant là que toute faute était pardonné, dans l’odeur entêtante de l’épine-vinette, de lamier ou de la gentiane, qui disait tout le contraire. Sans doute, leur mère ou le pragmatisme pur avait contraint à la réconciliation, mais l’odeur florale permettait elle, l’expression sincère des faits, sans pour autant empêcher l’accomplissement du dessein en question, qui imposait l’hypocrisie.

Les devis envoyés, les reconnaissances de dette ou de propriété d’esclave ou de bête, eux, prenaient l’odeur de digitale.

Les mises en garde se teintaient parfois d’héliante. Les questions aux précepteurs, d’hellébore. Le maitre d’arme, lui, recevait quelques missives diligemment griffonnées, qui sentaient le houx ou le laurier. Les rares missives au Clergé de la Balance s’imprégnaient d’odeur d’orchidée.

Et entre elles, lorsqu’écrire les fatiguait, il leur suffisait alors souvent que d’envoyer l’une de ces fleurs. Le message qu’elles constituaient, bien souvent, leur suffisait à se comprendre.

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